La mission au féminin

Au matin de Pâques, nous le savons, lorsque les saintes femmes sont revenues du tombeau et ont annoncé que le Christ était ressuscité d’entre les morts, les disciples ne les crurent pas. Pire encore ils pensèrent qu’il n’y avait là que bavardage de femme ! Pourtant cette annonce avait toute sa raison d’être, non seulement parce que la Résurrection est le cœur de notre foi mais encore parce qu’ordre avait été donné par le Ressuscité lui-même : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » (Mt 28,10) Et cette initiative du Seigneur en dit long sur ce que nous sommes, nous femmes, et sur le sens de notre mission. 

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C’est volontairement en effet que Jésus s’adresse à des femmes, dont la beauté, l’intériorité, la générosité, la sensibilité, la douceur – tout autant que la maternité − sont des lieux d’accueil de la grâce, de la vie du Ressuscité, cette vie qui ne demande qu’à germer dans le monde. Annoncer le Ressuscité demandera toujours de se laisser gagner au plus intime de son être par cette vie nouvelle, de se laisser traverser par elle de part en part. Il fallait des femmes pour être messagères et gardiennes de la bonne nouvelle du salut, comme il fallait des femmes pour être gardienne de la vie à naître. 

Relevons que l’Église n’a jamais contesté aux femmes cette annonce, elle l’a même magnifiée. Romanos le Mélode, un moine byzantin à la plume lyrique, écrira au vie siècle : « Va vite, Marie, rassembler mes disciples. J’ai en toi une trompète puissante : chante un chant de paix aux craintives oreilles de mes amis cachés, éveille-les tous comme d’un sommeil, afin qu’ils viennent à ma rencontre et qu’ils allument des torches. » La voix des femmes est effectivement une voix puissante et elle l’est d’autant plus que ce témoignage est inscrit en notre chair. D’ailleurs beaucoup de femmes témoignèrent jusqu’au martyre de la victoire du Ressuscité : Agnès, Agathe, Félicité, Perpétue, Blandine…

Cela renvoie déjà au sens de notre mission. Paradoxalement, qu’une femme annonce le Christ, au matin de la Résurrection comme aujourd’hui en public, dépasse le cadre ordinaire de l’annonce, c’est un signe de l’avènement glorieux du Christ. Pour le dire autrement, cette annonce porte en elle une dimension eschatologique. Non pas parce qu’enfin la parité serait respectée, l’égalité rétablie, mais parce que nous touchons, véritablement, à l’Eschaton, à celui qui est le terme de l’histoire, à celui qui doit tout récapituler en lui, bref, au Christ glorieux, réalité ultime de toute chose.

Dans le Christ glorieux, en effet, nous retrouverons notre pleine humanité, pas seulement par la résurrection de la chair, mais aussi, par la restauration de notre capacité à porter Dieu et donc à en témoigner. Oui, la femme a une vocation particulière, celle de témoigner de l’amour de Dieu dans le monde. Dès lors, lorsque Marie Madeleine se rend au tombeau et rencontre le Ressuscité, elle touche déjà parfaitement ce pour quoi elle est faite. C’est cela qui change radicalement sa vie. Et nous aussi, lorsque nous proclamons l’amour de Dieu dans le monde, quelle qu’en soit la manière, nous touchons à la grandeur et à la beauté de notre vocation de femme

En outre nous touchons à une surabondance donnée par le Seigneur lui-même, à une explosion de vie qui rappelle que tous et toutes nous sommes faits pour l’Unique Époux, qui est la réalité ultime de notre vie, qui est notre éternité. Voilà pourquoi ce ministère d’annonce de la Parole, résonne de façon singulière lorsqu’il est confié à des femmes qui ont fait choix, dès ici-bas, de n’avoir que le Christ pour Époux. Cette annonce rappelle que le Christ est l’Époux de l’Église, et que nous sommes son Épouse, cette Épouse qu’il s’est acquise au prix de son Sang, cette Épouse qu’il voulait sainte et immaculée dans l’amour (Ep 5,27). 

Puisse cette annonce du Ressuscité être un jour celle de chacune.

Sandra Bureau, auteur de Eglise de Marie, Eglise de Pierre

Sandra BUREAU

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