L'Église Sainte des Salauds

Si nous étions tentés d’idéaliser les choses, l’actualité se chargerait de nous faire perdre nos illusions : non seulement il y a des prêtres, des religieux, des religieuses, des évêques, etc… qui se conduisent mal, mais les abus commis par certains confinent à l’horreur.

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Quand on voit ceux qui sont chargés d’instruire les autres et de leur donner l’exemple qui se comportent ainsi, quand on apprend que l’institution a souvent cherché à étouffer les affaires pour éviter le scandale au lieu de défendre les victimes, l’indignation nous prend, c’est normal.

Bien sûr, on dira que ces comportements sont le lot commun dans nos sociétés, que bien d’autres cas se présentent dans les familles, dans les écoles, dont on parle moins,… Mais ce n’est pas du tout une consolation, car ce sont ceux dont on attendrait qu’ils tranchent avec le commun des mortels et qui se livrent à ces monstruosités. Il nous faut donc reconnaître que cette Eglise qu’on dit sainte sent par moment terriblement mauvais.

Or c’est justement le moment de porter haut et fort notre foi en la sainteté de l’Eglise, si paradoxal que cela paraisse. C’est précisément parce que notre monde est profondément abîmé et que le « Prince de ce monde » (comme dit saint Jean pour parler du Diable) y rôde qu’il a encore plus besoin du Christ et où trouverait-il vraiment le Christ sinon dans l’Eglise qu’il a fondée ? Il est venu sur terre et il est mort sur la Croix, pour inoculer sa sainteté dans les veines de l’humanité. L’Eglise est là pour transmettre le remède qu’il nous a apporté. Certes elle n’est pas la société des parfaits, elle ne l’a jamais été ; déjà autour de Jésus, il n’y avait pas que des enfants de chœur : un traître, un poltron, des gens « sans intelligence », voilà ce qu’il a trouvé pour mettre le feu au monde.

Et le plus fort, c’est qu’il y est arrivé ! Sa parole a traversé l’histoire et elle a fait se lever une incroyable moisson de sainteté, dans tous les genres, dans tous les états de vie, de toutes les couleurs, des enfants, des vieillards, qui ont tous donné leur vie comme cela, pour être fidèles, pour aller jusqu’au bout, pour faire briller l’amour dans les camps de la mort ou dans les favelas, pour aimer Dieu et le faire aimer. Ils sont une foule immense que nul ne peut dénombrer et qui ont puisé à la source de l’Eglise. Et, avec ça, elle ne serait pas sainte, celle qui a fait tant de saints ? Elle les fait, non pas seulement parce qu’elle les a canonisés (elle ne les a tous inscrit sur ses registres, il y en a trop), mais parce qu’elle les a engendrés, nourris de son lait, éduqués, armés pour le combat, portés dans la mêlée ?

Comment s’étonner, en présence d’un tel déferlement de sainteté, que l’Ennemi du genre humain soit pris d’une rage frénétique et s’attaque en priorité à ceux-là précisément dont les gestes et la parole sont si puissants pour le mettre hors de combat ? C’est un peu comme les virus qui s’attaqueraient au corps médical.

Quelle satisfaction pour l’Adversaire de donner ce spectacle lamentable d’un clerc qui salit ce qu’il y a de plus beau : la candeur d’une âme, la pureté d’un enfant, la confiance d’un pénitent ! Mais comme nous ferions son jeu, en restant sourd au cri de la victime ou en lapidant purement et simplement le criminel.

Jonas

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