Des cartes aux sondages

De 1947 à 1968, le chanoine Fernand Boulard, le sociologue Gabriel Le Bras, puis le sociologue belge Jean Rémy ont établi des cartes montrant l'évolution des pratiques religieuses en France. C'était assez facile, l'Église était encore une puissante institution où l'on pouvait faire remonter des questionnaires méticuleusement remplis depuis chaque paroisse, chaque école catholique, chaque évêché…Le recoupement avec des statistiques de tous ordres – résultats électoraux, démographie, géographie, histoire longue – a donné des clés de compréhension d'une phase historique de lente déchristianisation.

Je veux partager l'article !

Share on LinkedIn

« La France, pays de mission », selon le diagnostic des abbés Henri Godin et Yvan Daniel posé dès 1943, trouverait-elle son salut par les mouvements d'action catholique, s'employant à quadriller et animer méthodiquement les secteurs sociologiques les plus populaires ? On se souvient d'une préférence pour les milieux paysans (la JAC) et ouvriers (la JOC), du souci d’encadrer toute une jeunesse avec une presse particulièrement innovante, cela en concurrence avec l'autre grande « religion » fédératrice des « masses » de l'époque : le communisme. Il y eut des signes de renouveau, des réussites, une puissance organisée qui faisait peut-être illusion.

Mais, après mai 1968, on constata que le phénomène d'éloignement avec l'institution s'amplifiait et que la foi dans les vérités les plus simples de la religion s'atténuait peu à peu. Mais là, il n'y avait plus la machine administrative de l'Église pour continuer les enquêtes de terrain aussi facilement. Les universitaires de l'anthropologie historique ont brillamment pris le relais mais la question des sources statistiques devient de plus en plus problématique dans une société de brassage des populations et d'individualisme. Alors la technique des sondages, avec le développement des moyens de communication (téléphone, photocopies, ordinateurs, puis internet) permet de tenter d'y voir plus clair. À condition d'y mettre les moyens… Car les organismes de sondages professionnels travaillent pour des clients selon les lois du marketing. Si bien que la sociologie religieuse est désormais moins connue que celle de « la ménagère de 50 ans »...

Le politologue Jérôme Fourquet, dont l'étude L'Archipel français a eu un énorme retentissement parce qu'elle a permis aux Français de se voir dans le miroir brisé de leurs désunions – avec tout ce que cela peut engendrer d'angoisses et de radicalisation – est particulièrement sensible à l'aspect religieux de notre désintégration sociale. En tant que sondeur professionnel, il a été très heureux de pouvoir répondre à la demande de l'Association des journalistes d'information religieuse (Ajir) et peut-être plus encore à celle de la revue « Mission » qui, parce qu'elle est une émanation des Congrès Mission, est un poste d'observation de ce qui se fait dans l'Église d'aujourd'hui pour ramener le Christ en France, avec des « missionnaires » que l'on peut consulter pour faire remonter de précieuses informations.

Ces deux sondages ont eu un grand écho médiatique, notamment celui de l’Ajir parce qu’il montre que pour la première fois dans l’Histoire, plus d’un Français sur deux (51%) se dit non croyant. Celui de la revue Mission ne dit pas vraiment autre chose en montrant que 50 % des Français cherchent Dieu, mais en prenant la réponse sans doute de manière plus positive… 

Frédéric Aimard

Souhaitez-vous continuer la lecture ?

Je m'abonne à la revue Mission